La démographie médicale

Depuis quelques années vous avez entendu, lu ou vu des articles ou des reportages relatant des problèmes de démographie médicale.

En 1971, il est créé le premier concours d’entrée en médecine pour sélectionner les candidats. C’est la première fois dans l’histoire des Universités que l’État crée un concours dans une faculté. Cette sélection a été mise en place afin de réguler le nombre de médecins car les politiques estimaient qu’il y avait trop de médecins sur le territoire français et nous avons même vu apparaitre des incitations à la retraite anticipée dans les années 1990 !

Mais nos chers édiles n’ont pas vu apparaitre les modifications importantes qui avaient lieu dans l’organisation de la santé et également dans la volonté des citoyens d’une autre qualité de vie. 

Malgré les alertes répétées, les statistiques prévisionnelles alarmantes, les politiques de tout bord n’ont pas su anticiper cette baisse de la démographie médicale. 

Pour former un médecin ou un dentiste, il faut dix ans après le baccalauréat mais les jeunes diplômés ne s’installent pas immédiatement, ils préfèrent attendre d’avoir plus d’expériences et de choisir leur lieu de vie. Ce qui fait qu’un médecin généraliste ne s’installe pas avant 32 ans par exemple ; comme les dentistes, il a déjà une famille et il hésite beaucoup à choisir la pratique libérale qui est beaucoup plus astreignante que le statut salarié (à ce jour seulement 10% des jeunes diplômés s’installent en libéral). 

D’autre part, les générations ont changé et les jeunes médecins et dentistes ne veulent plus travailler comme les anciens qui étaient corvéables à merci et ils préfèrent garder un espace de vie privé. 

La féminisation a aussi gagné cette profession car en 1970, il y avait 90% d’hommes dans les facultés de médecine et maintenant la proportion s’est inversée puisque les femmes représentent 65% des étudiants.

Pendant ce temps la médecine a évolué avec l’augmentation très importante des pathologies chroniques : diabète, maladies cardio-vasculaires, cancers…, ce qui fait que l’exercice s’est complètement modifié avec une nécessité plus importante d’une organisation coordonnée de professionnels de santé.

Mauléon n’a pas échappé à cette problématique et pourtant nous pensions l’avoir anticipée par un travail en amont avec les élus : mis en place de stage d’interne en médecine ambulatoire, création d’une maison des internes, projet de Maisons de Santé Pluriprofessionnelles, logement mis à disposition gratuitement le temps des stages et remplacements ; mais la féminisation de la profession nous impose d’autres paramètres à prendre en compte. 

Le même raisonnement s’applique à la population des dentistes, avec les mêmes contraintes, évolutions et conséquences. 

Nous travaillons quotidiennement à trouver des solutions et le fait de s’être organisé et structuré en CPTS va permettre d’avoir un temps d’avance sur les autres territoires. 

Déjà, l’hôpital a pu salarier un médecin qui va consulter au Centre Médical Batasuna ( un médecin supplémentaire à Mauléon depuis début février)et nous avons plusieurs pistes pour embaucher d’autres généralistes et nous travaillons aussi sur la recherche de dentistes.

Les élus locaux, l’hôpital, le département, la communauté d’agglomération du Pays Basque, l’Agence Régionale de Santé et l’Union Régionale des Professionnels de Santé sont tous actifs pour corriger ce problème, en collaboration étroite avec la profession bien sûr.