Vrai/faux sur l’Espadrille de « Mauléon »

Il se dit beaucoup de choses sur l’Espadrille et un petit exercice de vrai/faux est à faire.


–  La collectivité fait concurrence au privé avec de l’argent public :
Faux.

La collectivité (Communauté d’Agglomération Pays Basque) ne fabriquera jamais d’espadrilles.

La collectivité a fait un appel public à candidature, et aux fabricants locaux de manière personnelle, pour inviter un fabricant local (ou plusieurs en association), avec ses salariés et son matériel, à s’installer à la Maison de l’Espadrille en payant un loyer.

La collectivité est propriétaire des murs de la Maison de l’espadrille et signera un contrat de bail avec un fabricant local.

Nous sommes ici dans le même cas de figure que le Château de Libarrenx qui est une Auberge de Jeunesse communale exploitée par un privé après appel public à candidature et l’Hôtel Restaurant d’Agerria propriété de la SEM et exploité par un privé après appel public à candidature.

Les contraintes pour le fabricant d’espadrilles sont de fabriquer suivant le cahier des charges associé à la marque « Mauléon », en suivant les savoirs-faires historiques (dont la fabrication de la semelle) et en acceptant les contrôles inopinés de la conformité au cahier des charges par un bureau de contrôle externe.

Savoir aussi qu’il a été proposé de manière officielle à chacune des entreprises locales d’avoir un espace individualisé sur le site de la Maison de l’Espadrille.

– La fabrication des semelles à Mauleon va faire perdre des emplois : Faux.  Fabriquer des semelles nécessite de la main d’œuvre et génère donc des emplois.

Produire ici, cela fait de l’emploi local et cela pérennise les savoirs-faires qui sont en danger de disparition.

  • Les fabricants sont contre le projet : Faux

Les importateurs de semelles sont contre le projet.

Mais un fabricant produit des espadrilles de marque Mauléon avec le cahier des charges associé : Il y déjà des espadrilles de marque Mauléon disponibles à la vente en Soule. Ce fabricant est favorable à la Maison de l’Espadrille.

– Cela va mettre les fabricants actuels en difficulté : Faux.

Un groupe de fabricants revendique publiquement produire 1 500 000 paires d’espadrilles par an (et c’est la réalité). Les 15 000 paires projetées à la Maison de l’Espadrille par le fabricant local retenu par l’appel à candidature représentent 1 % de la production totale mais ce n’est pas le même produit car les semelles sont garanties fabriquées localement.

A dire vrai, il n’y a pas de concurrent de ce produit sur place à ce jour, si ce n’est l’entreprise qui fabrique sous licence Mauléon et cahier des charges, et qui est d’accord avec la démarche de la Maison de l’Espadrille.

– Produire des semelles en Soule coûte plus cher que de les importer : Vrai.

Fabriquer en France coûte plus cher que d’importer les produits.

Une paire de semelles fabriquée en Soule coûte environ 80 cts d’€ de plus à produire qu’une paire de semelles importée.

– A quoi bon s’embêter à produire ici et plus cher alors : Bonne question.

Les produits artisanaux avec Identification d’Origine sont des moteurs touristiques très forts.

Il faut aller voir le dynamisme local autour du couteau de Laguiole fabriqué sur place par exemple.

Et le consommateur accepte de payer le surcoût de la production locale comme le dit le député de Thiers qui est récemment passé à Mauléon.

Partout c’est le produit, et la production, qui est le premier bénéficiaire économique de telles démarches, le commerce local en bénéficie également ainsi que le territoire grâce à l’image positive qu’il renvoie.

  • Qui est d’accord pour associer le nom de Mauléon a des produits en partie importés ?

Chacun peut se poser la question.

Les journalistes sont à la recherche des produits artisanaux faisant référence à une ville ou un territoire pour les promouvoir et diffuser les savoirs-faires conservés.

Mais le revers de la médaille est que le discours doit correspondre à la réalité car ces mêmes journalistes savent bien sinon porter le fer là où ça fait mal et dévaloriser l’image du territoire par conséquent. Le conseil municipal de Mauléon, en 2016, a refusé de laisser associer le nom de notre commune à des semelles importées.

–  On ne peut pas augmenter nos prix de vente, on ne va pas s’en sortir : Faux.

Il a toujours été dit que chaque entreprise continue à faire qu’elle a envie de faire, car c’est bien de cela dont il s’agit.

La démarche de fabriquer suivant le cahier des charges « Mauléon » est absolument volontaire.

Ainsi les uns continuent à fabriquer en important les semelles moins chères comme jusqu’à présent, et les autres en fabriquant suivant le cahier des charges « Mauleon ».

  • Il y a 150 emplois dans l’espadrille à ce jour : Faux.

Ce chiffre est totalement fantaisiste et son exploitation est irresponsable.

On est aux environs de 70 emplois de production sur les 6 entreprises locales !

Et si on parle de la commune de Mauléon, il y a moins de 20 emplois en production d’espadrille dans les 3 entreprises de Mauléon.

Nous parlons bien sûr de production, car il y a ensuite 7 ou 8 points de vente d’espadrilles sur notre commune, mais ceci est du commerce qui peut vendre les produits de toutes provenances.

  • On est en train de perdre nos savoirs faire alors ? C’est malheureusement vrai.

Si la semelle n’est plus fabriquée ici, ce savoir-faire vraiment typique de l’espadrille disparaît puisque en important les semelles, il n’y a plus besoin de faire les opérations de tressage, moulage de la semelle et couture de la semelle.

Heureusement qu’un fabricant fabrique des produits sous la marque Mauleon et que donc il maintien ce savoir-faire de fabrication des semelles. Et il est favorable à la Maison de l’Espadrille.

  • Alors, le combat est celui des importateurs face à un projet de production locale et de conservation des savoir-faires ?  Oui tout simplement.

Mais ne perdons pas de vue que l’artisan qui s’installera à la Maison de l’Espadrille fera une petite production et à un prix de revient de production plus cher que s’il importait les semelles.

Vu la quantité en prévision (et vu la petite taille de l’atelier prévu), les importateurs ne seront pas impactés bien sûr.

Et si nous allions voir à Laguiole ce que la fabrication locale du couteau, qui est un produit artisanal comme l’espadrille, apporte au territoire. Ils importent l’acier, comme nous le jute en fil, et ils font toutes les opérations de transformation chez eux.

Chiche que nous y allons ?